11.02.2008

Eurodistrict: Plus que des paroles, des actes

c48f2f44d28ec53e37559145d102aa6c.jpgQuelle est votre opinion sur les évolutions récentes de l’Eurodistrict?
Disons, et c’est une chose déjà importante, que son nom commence à être connu du plus grand nombre. Bien évidemment, cela ne suffit pas à faire l’Eurodistrict, mais c’est là, déjà, une belle avancée. Tout comme l’Union européenne, l’Eurodistrict n’aura de sens, de vie que s’il entre dans le quotidien des gens. Non pas contre eux mais avec eux. Plusieurs journaux, blogs, voire radios ont désormais fait de la dimension transfrontalière de Strasbourg une réalité et c’est une bonne chose. Ce qui me chagrine davantage est que sur le fond du dossier, sur la partie dite «institutionnelle», peu de choses sont véritablement connues du grand public. Je ne dis pas que tout se fait dans l’opacité la plus parfaite mais je pense qu’il y aurait peut-être moyen de rendre, par exemple, l’Eurodistrict plus transparent, tant dans ses actions que son fonctionnement. Autant le concept d’Eurodistrict commence-t-il à être connu du plus grand nombre, autant ses institutions – pour peu que le terme convienne véritablement – mériteraient d’être davantage mis en lumière. Quant aux multiples querelles de couloir entre élus français et allemands qui ont émaillé ces dernières années, je préfère ne pas m’attarder dessus. Ma volonté est d’aller de l’avant, pas de regarder dans le rétroviseur des guéguerres personnelles.


Quelles sont vos propositions concrètes pour développer l’eurodistrict?
Déjà, peut-être, comme cela devrait être le cas pour l’Union européenne, de ne pas voire l’Eurodistrict comme une affaire étrangère. Strasbourg ne vit pas qu’à 180°. Elle vit à 360°. Conséquence directe : ce qui se passe de l’autre côté du Rhin nous concerne directement, tout comme ce qui se passe chez nous pour nos voisins de l’Ortenau. Des question environnementales à celles des transports, en passant par l’enseignement scolaire - et tout au long de la vie – ou à tout ce qui a trait à la consommation. Plusieurs dossiers ont été lancés, à l’instar de celui relatif à la couverture maladie. Ces choses vont dans le bon sens mais tout le défi consistera à passer de l’oralité au concret. Plus que des paroles, il nous faut des actes. Construire l’Eurodistrict va bien au-delà de la simple petite question locale. L’avenir de Strasbourg passe par l’Eurodistrict, qui plus est à l’heure où les grandes gagnantes de demain s’annoncent être le grand Londres, le grand Stockholm, l’Ile de France, les axes Lyon-Turin, Barcelone-Montpellier. Et cela est sans parler de villes comme Budapest, Bratislava ou Istanbul. Bien évidemment, nous sommes loin de ces métropoles. Bien évidemment, aussi, le but du jeu – si vous me permettez l’expression – n’est pas de les concurrencer démographiquement. Par contre, Strasbourg est au cœur d’un bassin de populations de plus en plus habituées à vivre, travailler ensemble. Une politique de transports interurbains performante me paraît essentielle, de même qu’une réflexion sur la complémentarité de certaines infrastructures (pourquoi, par exemple, ne pas essayer de convaincre certains aéroports de jouer la carte de la complémentarité entre eux plutôt que celle d’une concurrence stérile, qui plus est subventionnée par le citoyen).
Travailler, s’installer sur l’autre rive – que l’on soit Français ou Allemand, ne doit plus être un problème, non plus. Des structures existent mais elles doivent être renforcées. Kehl, pour ne prendre qu’un exemple, n’est pas concurrente de Strasbourg, elle lui est complémentaire. Et si vous vous demandez, oui, la réciproque est également vraie. En termes d’urbanisation, aussi, Ces deux villes doivent se rapprocher. Imaginez ne serait-ce que le symbole que produirait celui d’une ville véritablement binationale si ce projet venait à aboutir sous quelques années. Je suis pour ma part convaincu que le futur de Strasbourg se situe le long du Rhin. Que c’est là que battra d’ici vingt ans, peut-être trente, son cœur. Un cœur ouvert sur autrui, gardien de son histoire mais jamais revanchard. Le cœur d’une ville qui, d’ici là, aura, espérons-le, appris à aller de l’avant et à cesser de se chercher des excuses – à Paris ou ailleurs – pour ne pas le faire. Cela suscite que l’on accepte, enfin, dans cette région, qu’il n’y a pas de mal à voir une ville grandir peut-être un peu plus – ou plus vite – que d’autres.

Quelle place comptez-vous accorder à la société civile dans le développement de cet eurodistrict?
Je vous l’ai dit précédemment : «Tout comme l’Union européenne, l’Eurodistrict n’aura de sens, de vie que s’il entre dans le quotidien des gens. Non pas contre eux mais avec eux.» J’entends par là que faire l’Eurodistrict doit se faire, certes avec les politiques, avec les administrations mais aussi avec les habitants et résidents des deux rives. Faisons-leur un peu confiance, de temps en temps. Sur chacun des grands projets d’aménagement territorial, pourquoi ne pas consulter directement les populations concernées, sous forme de référendum local : le même jour sur une même question ? Non seulement, cela créerait les conditions du débat, d’une appropriation civile de ses termes mais cela aurait aussi le mérite de mettre en pratique ce que nous prônerions sur le plan européen. Comment en effet être pour des referenda transnationaux et rejeter leur transposition à l’échelle locale. Cela n’aurait tout bonnement aucun sens. Autre point, enfin, j’attends du citoyen qu’il soit acteur – au moins s’il le désire – de la construction de cet eurodistrict. J’entends par là que des forces de proposition comme le Forum citoyen eurodistrict ne sont nullement à négliger. Nombreuses sont les personnes, parmi ses membres, qui disposent d’un vécu transfrontalier de grande valeur. Ces personnes là – mais cela peut-être d’autres associations – doivent avoir leur place dans le débat, ne serait-ce que parce que leur expertise est tout sauf théorique.

Etes-vous favorable à une extension territoriale de cet eurodistrict?
Non, du moins pas dans un premier temps. Mais je dois avouer que de votre part cette question me surprend. En tant qu’observateur privilégié de la construction européenne vous savez sans doute mieux que quiconque combien il est difficile de construire quand on place le quantitatif avant le qualitatif. Ce que je veux dire est simple : ne cherchons pas à agrandir une maison avant même de l’avoir construite. Les règles du jeu poser, les mécanismes de décision et de consultation adoptés, éprouvés, il sera bien temps de voir si nous – citoyens de l’Eurodistrict – devons aller plus loin. Mais faisons déjà simple. Ne commettons pas les mêmes erreurs que l’Union européenne. Posons les fondations, bâtissons, certes avec une véritable vision d’avenir mais pierre par pierre. Maintenant, cela ne doit pas nous empêcher de développer des projets communs avec des villes comme Karlsruhe, Fribourg, Stuttgart, voire Francfort, notamment en matière de transports interurbains. Mais tel que je l’envisage, l’Eurodistrict va bien au-delà de ces simples questions et a besoin de temps et de simplicité géographique pour prendre véritablement son envol.

Réponses aux questions de Daniel Riot, ancien directeur de la rédaction de France3 Europe et directeur de publication du blog Relatio

Photo empruntée à Claude05

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