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12.02.2008

Pour une véritable politique européenne de la Ville

Quelle place accordez-vous à la dimension européenne dans votre programme?
Pas moins ou plus importante qu’une autre dimension, ceci simplement parce que l’Europe, une fois encore, n’est pas une «affaire étrangère» dans cette ville. Elle est partie intégrante de la vie de la cité. Prenez simplement l’exemple de certains quartiers comme le Neuhof, en voie de réhabilitation partielle grâce à des fonds européens. L’Europe, telle que je l’entends, ne se limite pas à la question du siège. Ce serait d’ailleurs, je crois, assez réducteur et insultant pour nombre de Strasbourgeois que de résumer leur attachement (pan)européen à quelques bâtiments. Je ne pense pas que leur soutien indéfectible à la construction européenne ait répondu, lors des deux derniers referenda, à une simple volonté de défendre un petit territoire institutionnel. Permettez-moi de penser qu’en votant en faveur du Traité de Maastricht ou du TCE c’est à une certaine envie d’Europe qu’ils ont voulu dire oui. L’Europe est ici, pour nombre de gens, une évidence humaine, pas un privilège technocratique.


Adhérez-vous au Pacte européen local, proposé par Relatio ?
Oui. Dans les grandes lignes, même si vous comprendrez bien évidemment que je ne ferai pas de clientélisme en soutenant plus particulièrement certains projets «nominatifs». Mon rôle en tant que maire n’est pas d’appuyer le projet d’untel ou d’untel mais d’associer les forces vives de notre ville pour nous construire ensemble un avenir. De réussir à convaincre d’autres, par notre dynamisme, par notre volonté de bâtir quelque chose de nouveau, de nous rejoindre aussi. Ne croyez pas qu’il suffira d’un claquement de doigts du maire de Strasbourg pour que Bruxelles et Luxembourg nous transfèrent gentiment leurs effectifs. Tous autant que nous sommes, je l’espère, sommes convaincus que l’avenir de notre ville passe par l’Europe et l’Eurodistrict. Comment les dissocier d’ailleurs de Strasbourg… ? Mais une fois encore, il ne suffit pas de se dire capitale de l’Europe pour l’être, ni de supplier Paris d’avoir des fonds pour pouvoir avancer. Strasbourg doit prendre son destin en main, aidée ou non par d’autres. Ne nous cherchons pas d’excuses, avançons, forçons s’il en est besoin quelques verrous politiques et affirmons notre volonté d’avenir et de dynamisme. D’autres villes en France et en Europe ont su le faire. Pourquoi en serions-nous incapables. Les ressources, ne serait-ce qu’humaines, ne manquent pas ici. Vous faites, par exemple, dans votre pacte, souvent mention du Conseil de l’Europe : son rôle, au sein de la cité – c’est indéniable – doit être davantage mis en lumière, ne serait-ce que parce que cette organisation régionale a beaucoup à nous apprendre. Vous avez raison de dire que Strasbourg doit être exemplaire en France et en Europe. Mais pour être entendue, écoutée, respectée, elle doit avancer fièrement, avec ses propres forces, celles-là même qu’elle oublie trop souvent d’associer à ses ambitions. Un soutien de Paris peut-être utile, mais pas forcément vitale. D’autres villes, ont su se hisser bien plus haut que Strasbourg, sans aide de quiconque ou si peu. Dernier point, sur ce devoir d’excellence, nous en avons aussi un en matière d’environnement. Bien que cette question ne soit que très peu abordée dans votre pacte, elle est selon moi de la plus haute importance. Les réussites proches de chez nous ne manquent pas, Fribourg en tête. Inspirons-nous de ce qui se fait de mieux en Europe. Agissons et cessons de regarder.

Aurez-vous un adjoint en charge, exclusivement, des affaires européennes ?
Plus qu’un adjoint, c’est d’un directeur de cabinet formé et éprouvé – si vous me permettez l’expression – aux questions européennes que je souhaiterais déjà avoir auprès de moi. Vous ne pouvez pas conduire une action politique intégrant la dimension européenne dans l’ensemble de ses composantes si vos plus proches collaborateurs ne connaissent rien de l’Europe. C’est déjà là, à mon sens, une base essentielle à la réussite d’un tel projet. Après cela, je n’attends pas d’un seul adjoint qu’il soit en charge de la politique européenne de la ville. Tous doivent intégrer la dimension européenne dans leur action. Pour prendre un autre exemple, cette situation me fait penser à celle d’un gouvernement – de ceux dont nous sommes spécialistes en France – qui parce qu’il aurait un ministre de l’environnement se dirait écologiste. Un tel raisonnement est absurde si la dimension écologique n’est pas prise en compte dans l’ensemble des ministères, de la Finance aux Affaires étrangères, en passant par les transports. Développer une politique européenne de ville est identique : l’Europe doit être une donnée intégrante de chaque portefeuille municipal.

Quelles mesures préconisez-vous pour que l’on cesse de parler de «bataille du siège» à propos des sessions du Parlement européen à Strasbourg ?
La «bataille du siège» est une expression désormais médiatique même s’il est vrai qu’elle est loin d’être infondée. Mais là encore, nous restons dans les mots. Le rôle d’un maire n’est pas de surenchérir mais d’agir. Son rôle est de développer sa ville, d’attirer de nouvelles compétences, de donner envie de s’y installer, tant sur le plan professionnel que personnel. Transmettez cette envie, en redynamisant cette ville, en l’inscrivant dans le XXIème siècle, et voyez quelle sera la position de nombreux députés européens néerlandais ou britanniques sur la question du siège. Les eurodéputés ne cherchent pas ici des privilèges : ils cherchent les outils nécessaires à l’exercice de leur activité professionnel, des moyens de communication et de déplacement modernes, une vie culturelle, diurne mais aussi nocturne. Ils cherchent ce qu’ils n’auront pas chez eux ou à Bruxelles. Bâtissez, donnez leur cela – une ville vivante, épanouie, ouverte sur le monde, à l’image de ses habitants – et vous verrez que la question du siège ne se posera pas éternellement, au moins dans le cas de Strasbourg.

Pour vous «l’Europe à Strasbourg» est-elle un dossier politique qui doit tenir compte des clivages majorité /opposition ou un dossier à traiter d’une manière transpolitique?
Bien évidemment que Strasbourg l’Européenne dépasse les clivages politiques. Mais plus que ce thème, c’est l’ensemble de la politique municipale qui doit dépasser les clivages partisans. Strasbourg n’est pas la ville de l’UPS, du PS, du MoDem ou de qui sais-je encore. Strasbourg est la ville des Strasbourgeois. C’est pour eux et avec eux que nous devons construire, avancer vers demain. La chose vous semblera peut-être nouvelle dans la bouche d’un candidat aux municipales mais elle n’est pourtant que bon sens. Pourquoi une fois élu maire, ne plus discuter avec autrui, refuser toute proposition de développement urbain d’une personne de sensibilité politique différente, au motif que nous aurions été adversaires le temps d’une campagne électorale ? C’est absurde. Un maire n’est pas élu pour régner en maître absolu, pour diviser mais bien au contraire pour rassembler et mettre les meilleures compétences possibles au service de la ville dont les électeurs lui ont confié la charge.

Considérez-vous que le siège du Parlement européen à Strasbourg est «perdu d’avance» et qu’il faille se préparer à accepter des compensations ou que Strasbourg doit s’accrocher aux missions fixées par les traités et accroître son assise européenne?
Bien évidemment non. Rien n’est jamais perdu d’avance. Mais deux choses doivent être désormais bannies de nos comportements politiques : la politique de l’autruche et la méthode Coué. Acceptons enfin de voir les choses telles qu’elles sont pour faire de Strasbourg une véritable capitale. Arrêtons de nous plaindre et levons – enfin – la tête. Il en va, je crois de la responsabilité première d’un maire.

Quelle est votre position sur les suggestions faites par RELATIO pour accroître le rôle européen de Strasbourg et conforter la métropole alsacienne dans sa mission de «capitale démocratique de l’Europe» ?
Si vous faites référence au «lancement de vraies négociations, au niveau des gouvernements, avec Luxembourg, Bruxelles, pour que le Parlement européen installe son Secrétariat général dans la métropole alsacienne», à «l’obtention des antennes opérationnelles permanentes de la Commission et du Conseil de l’Union européenne, du Comité des Régions et du Comité économique et social à Strasbourg», à l’organisation «d’actions de lobbying mieux organisées et conduites avec professionnalisme en faveur du maintien des sessions parlementaires à Strasbourg et du renforcement de son rôle de «capitale démocratique», etc.., bien évidemment je suis pour. Mais là encore, cela ne suffit pas. Ces démarches seront vaines tant que Strasbourg n’aura pas réappris à se prendre en main et à s’auto-développer. Strasbourg doit sortir de son image de musée ou de ville diplomatique sans vie et réapprendre, justement, à vivre. Cela passe par le dynamisme économique, la vie culturelle et nocturne, les facilités de transport, une dimension véritablement internationale à acquérir, etc… Ce jour-là, avec ces efforts là nous pourrons non seulement discuter avec nos homologues mais peut-être également être entendus d’eux.