13.02.2008
DE L'EUROPE DU CONCRET
Suite des réponses au questionnaire Strasbourg et l'Europe lancé par le blog européen Relatio.
A) Sur un plan de politique générale, Voulez-vous :
Faire en sorte que «Strasbourg l’Européenne, capitale démocratique de l’Europe» soit déclarée «cause nationale» avec tout ce que cela peut impliquer et notamment une ligne budgétaire «Strasbourg Europe» dans tous les ministères et adaptation du «contrat triennal» aux besoins nouveaux nés des élargissements successifs du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne?
Je ne sais quoi vous répondre sur ce point. Oui, bien sûr, ce que vous proposez est important, stratégique pour la ville. Mais cela, une fois encore, ne résoudra pas tout. Je l’ai déjà dit : parallèlement à cela, Strasbourg doit apprendre à se prendre en main par elle-même. Elle doit apprendre à faire confiance à ses propres forces vives, à rayonner non pas par les subventions qu’elle attire mais par la dimension qu’elle acquiert via une politique de ville ambitieuse et citoyenne.
En appeler à la mobilisation régionale et nationale pour que ce statut de cause nationale soit obtenu?
Ma réponse est identique sur ce point.
Obtenir des gouvernements français et allemands qu’ils négocient avec Bruxelles et Luxembourg un transfert de l’ensemble du secrétariat général du Parlement européen à Strasbourg ?
On tourne ici en rond. Ma réponse reste la même, en rappelant, une fois encore, que Strasbourg, si elle veut convaincre, doit séduire et, pour cela, se donner les moyens de le faire.
Faire en sorte que le Conseil de l’Europe qui va fêter son 60ième anniversaire en 2009 soit doté de moyens financiers nouveaux - notamment en matière de droits de l’homme, d’écoles de la démocratie, de coopération culturelle -, des moyens d’actions d’Eurimages, de l’Observatoire de l’audiovisuel européen et du pôle production et réalisation audiovisuel et multimédia de Strasbourg, du dialogue interculturel?
Sur les moyens du Conseil de l’Europe, ceux-ci sont à chercher auprès des Etats et de la France, en particulier, qui, pour l’anecdote, n’a pas toujours été un modèle de générosité envers l’institution… Pour Eurimages, un point m’intrigue depuis un certain temps : cette institution est sans doute l’une des plus utiles en Europe au financement du cinéma indépendant continental. Or, elle est sans doute l’une des moins connues, sinon la moins connue des Strasbourgeois. Nous disposons par ailleurs de complexes cinématographiques et de salles de cinéma d’auteur parmi les plus enviées de France. Parallèlement, dans d’autres villes et pays, il n’est pas rare de voir des festivals de cinéma innovants, séduisants. Qu’empêche Strasbourg depuis tant d’années déjà de se mettre en accord avec son identité politique et artistique : Europe, droits de l’homme, cinéma indépendant. N’y aurait-il pas là moyen de créer un événement annuel autour de ces thématiques, inspiré par exemple du Festival de Sundance ? Qui mieux que Strasbourg en Europe pourrait allier dimensions politique, cinématographique et citoyenne. Vous voulez que l’on parle du Conseil de l’Europe, d’Eurimages. Que l’on parle de ce qu’ils font, qu’on les «désinstitutionnalise», ce type de projets y participera bien plus que l’apport de subventions dont nul ne verra véritablement l’impact.
B) Au niveau de l'action de la Ville et de la CUS
Vous engagez-vous à :
Créer un «Conseil de Strasbourg des affaires européennes» qui regroupe des élus locaux, communautaires, régionaux et des représentants de toutes les «forces vives» de l’Eurodistrict, qui soit doté de moyens d’actions et travaille en liaison avec un vrai «service des affaires européennes» à la Ville ou à la CUS ?
Oui.
Mener des actions de lobbying dignes de ce nom, mieux organisées et menées en faveur du maintien des sessions parlementaires à Strasbourg, du renforcement de l’Europe A Strasbourg et du rayonnement de l’Europe DE Strasbourg?
Oui
Tenter d’obtenir des antennes opérationnelles permanentes de la Commission et du Conseil de l’Union à Strasbourg et à accroître les moyens du CIIE?
Oui. A une nuance, près. Plus que de moyens, le CIIE a besoin de compétences et de vision quant à sa démarche. Il doit cesser de s’enfermer dans une démarche purement institutionnelle et accepter d’aller au contact des gens et de nouer un véritable dialogue/débat avec eux. Il doit sortir de sa coquille d’initiés. Cesser de ne parler d’Europe qu’aux Européens déjà convaincus. Ce serait déjà là un premier pas intéressant.
Oeuvrer en faveur de la création d’une Académie européenne chargée non d’un dictionnaire, mais d’émettre des avis consultatifs «de Sages» sur les questions sociétales du présent et de l’avenir, sur les éthiques à élaborer dans les différents domaines d’actualité, sur l’approfondissement des valeurs et des structures démocratiques, sur les moyens de concilier progrès matériels et protection de l’environnement etc…Cette Académie travaillerait bien sûr en liaison très étroite avec le Conseil de l’Europe et l’ensemble des Académies nationales qui ont tenu à Paris, en 2007, leur première réunion commune?
Oui.
À créer rapidement un musée vivant de la construction européenne, avec l’exemple de l’Eurodom, transformé en projet par Alexis Lehmann?
Comme déjà expliqué plus haut, même si l’idée retient mon attention, je ne peux m’engager à soutenir un projet nominatif. Cela serait tomber dans une forme de clientélisme que je refuse.
À créer un institut d’études sur la Civilisation européenne (lié à l’Eurodom et à l’Université)?
Même réponse que précédemment.
À créer une faculté européenne de théologie islamique?
Ce projet doit être étudié de près, ne serait-ce que parce que Strasbourg a une réelle tradition théologique. Associer Islam et valeurs européennes comme cela est déjà le cas pour le judaïsme, le catholicisme ou le protestantisme n’est de loin pas contraire à cet esprit. Disons que là aussi, le projet retient mon attention. Pour une raison au moins : l’enjeu est non seulement local mais, bien au-delà, national et européen. S’inspirer des travaux et réflexions menées entre autres par des personnes comme Franck Frégosi, du Centre Société, droit et religion en Europe (CNRS), sera sans doute essentiel dans l’approche de cette question.
À fonder un centre européen de l’altérité et du dialogue interculturel?
Davantage d’éléments devraient être connus pour bien cerner la dimension de ce projet. L’altérité, le dialogue interculturel s’apprennent de mon point de vue avant tout au contact des gens bien plus que dans les couloirs d’un centre de recherche. Disons que la chose est à réfléchir. Si ce projet peut-être d’un réel apport pour les Strasbourgeois et pour le rayonnement de Strasbourg, je n’écarte pas l’idée. Mais une fois encore, en l’état de votre présentation, il me serait bien difficile de me prononcer sur le sujet.
À faire aboutir le projet d’une agence européenne des traductions?
Sur le principe oui, ne serait-ce que parce que Strasbourg est une ville diplomatique de premier plan. Mais cette décision n’appartient pas au maire. Tout au plus peut-il militer en faveur d’un tel projet.
À reprendre le projet d’un jardin européen des droits de l’Homme (réalisé à partir d’œuvres fournies par les Etats membres du Conseil de l’Europe)?
Sur le principe, la chose n’est pas à écarter.
À organiser dans la CUS et l’eurodistrict des «Universités d’été» plurinationales dans tous les domaines du savoir et du savoir faire?
Cette initiative ne relève pas à mon sens du rôle de la mairie. Celle-ci peut soutenir de diverses manières ce projet mais je doute qu’il soit opportun de l’en rendre organisatrice, ne serait-ce que parce que la chose serait sans doute alors perçue comme «politique», bien plus qu’ «universitaire» ou «scientifique». Je ne pense pas que cela serait servir la science que d’agir de la sorte.
À créer une Maison de l’Europe pour mieux accueillir les ONG, les réseaux et les associations qui oeuvrent en faveur d’une plus grande coopération et cohésion européennes?
Là encore, le projet que vous proposez est trop flou et pose selon moi un problème de fond : qui accueillir ? Devons-nous n’accepter que les associations «eurobéates» ou sommes-nous prêts a accueillir aussi, au sein de cette «maison», des acteurs plus critiques. L’Europe ne pourra avancer que si les gens se parlent, que s’ils confrontent leurs idées. Réunir en un même endroit des gens par avance d’accord entre eux n’a pas de sens. Par contre, favoriser le débat citoyen, sortir des milieux avertis peut avoir un réel intérêt. Par ailleurs, cette maison, si elle devait voir le jour, devrait être véritablement ouverte aux citoyens via l’organisation de (véritables) débats contradictoires, de manifestations culturelles, d’enseignements (de type université populaire, à réfléchir d’ailleurs avec les structures déjà existantes). Elle pourrait également accueillir un pôle média ou offrir un soutien logistique à des médias citoyens existants ou à venir. Pourquoi ne pas imaginer la mise à disposer d’un studio audio/vidéo où des blogueurs, pour ne prendre que cet exemple, pourraient disposer de facilités d’enregistrement lorsqu’ils veulent par exemple interviewer une personnalité européenne ou organiser un débat entre plusieurs intervenants. Strasbourg est riche d’initiatives en matière de médias citoyens : de café Babel à Europeus, en passant par le Taurillon ou Relatio, les acteurs ne manquent pas. Vous parliez précédemment de renforcer le rôle du CIIE : pourquoi ne pas associer le Centre à la démarche et tenter de lui donner, justement par ce type d’actions, un nouveau souffle. Nous ne devons pas avoir peur de la diversité, du débat, de repousser certains murs. Bien au contraire. Sortons l’Europe de sa Tour d’Ivoire, de ses petits cercles d’initiés et mettons la – enfin – au cœur de la cité.
À rendre les couleurs européennes plus visibles dans l’ensemble de la CUS et de l’eurodistrict?
J’avoue ne pas être certain de bien comprendre votre question. S’il s’agit simplement d’agiter un drapeau européen à chaque coin de rue, je doute de l’utilité de la chose. J’en reviens ici à ce que j’expliquais en amont : plus que de symboles politiques ou marketing, l’Europe a besoin d’actes concrets, forts. Je doute sérieusement que mettre des drapeaux aux fenêtres permette de résoudre la crise démocratique et de confiance que traverse aujourd’hui l’Union.
À faire de Strasbourg une ville pilote pour toutes les campagnes lancées par le Conseil de l’Europe et/ou l’Union européenne et en devenant «exemplaire» dans l’expérimentation ou l’application des directives ou recommandations européennes qui impliquent les autorités locales dans tous les secteurs?
Oui.
16:53 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, strasbourg, municipales, armand tenesso, usd


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